Quand tout le monde veut passer à la télé…

10 déc
2009

Photo DRCela donne du meilleur mais hélas, du pire aussi. C’est le cas avec « La France a un incroyable talent ». Diffusée chaque semaine sur M6, cette émission nous propose des numéros d’artistes (?!) inconnus du grand public.

Le concept de l’émission est bien entendu américain. Depuis sa création, il a été vendu à de nombreux pays dont la France. Tout d’abord diffusée sous le simple titre « incroyable talent », cette année, elle l’est sous le même titre qu’ailleurs. Smaïn, Valérie Stroh et Gilbert Rozon forme le jury. Un jury à l’identique de ce qui se fait ailleurs. L’émission est un parfait copié-collé de sa « soeur ».

Cela paraît logique dès l’instant où l’on achète un concept en télévision. Une fois encore, il faut noter que la France reste frileuse quant à sa propre production. Il faut une fois de plus qu’elle aille chercher ailleurs ce qu’elle aurait pu trouver chez elle. Peut-être même un concept similaire existait-il déjà mais dont aucune maison de productions n’a voulu. La télévision business a de beaux jours devant elle.

Il faut reconnaître que l’idée est bonne. La télévision -payée par les Français- les utilisent au mieux dans ce type d’émission. Parce qu’ils payent leur télévision, les télespectateurs veulent aujourd’hui en faire partie et cela les américains ont été les premiers à le comprendre. De la même manière que l’on utilise sa voiture ou que l’on ouvre son réfrigérateur. Un peu comme si le télespectateur voulait se rembourser en faisant un peu de télé. Mais ce type d’émission est faite par le télespectateur. Il paye donc pour faire sa télévision.

Où sont les idées françaises? Il paraît impossible qu’il n’existe pas quelque part des gens qui soient en mesure de nous proposer autre chose que cette « vulgarisation » télévisuelle. Certes, l’émission est agréable à regarder. Le concept joue sur tous les registres émotionnels de l’humain. Du rire, parfois des pleurs, de la dérision, de la colère, tout y passe. Voilà ce que l’on appelle une émission réussie. C’est vrai mais c’est assez pitoyable.

Les membres du jury, sélectionnés avec grand soin, sont eux aussi à l’identique de ce qui est vu ailleurs. Gilbert Rozon, à qui l’on a attribué le rôle du méchant -il aura fallu trouver un producteur canadien parce qu’à priori il n’y pas de producteur français capable de tenir ce rôle (?)- est la copie conforme de Simon Cowell. Il tient lui aussi le rôle du méchant. En Allemagne c’est Dieter Bohlen, lui aussi producteur qui a obtenu le rôle. Les fans de Modern Talking ne l’ont pas oublié. Le méchant est peut-être la pièce la plus importante de l’émission. C’est lui qui s’attire les foudres du public à l’issue des prestations et du vote. C’est lui qui sert de détonateur lorsqu’un autre membre du jury n’est pas d’accord avec son choix. C’est encore lui qui va relancer l’émission lorsque les temps morts sont trop importants et que le télespectateur sera tenté de zapper. Gilbert Rozon a l’art et la manière.

Quant au jeu des caméras, là encore, rien n’est laissé au hasard. Plans sur le public, gros plan sur l’ébahissement d’un membre du jury ou sur un spectateur dans la salle et plan des coulisses. C’est là que cela devient intéressant. Les plans sont à l’image près les mêmes que celles des émissions étrangères. Les mêmes! L’Europe est en train de se construire que l’on va plus vite en télévision. On a déjà créé la télévision mondiale!! Même les mimiques et les exclamations de nos deux présentateurs sont identiques à celles des britanniques pour ne prendre que ceux-là. C’est un peu dommage.

Le contenu de l’émission est formaté et millimétré. De la vraie révélation à l’inconnu le plus déjanté, tout est calculé, revu et corrigé. Cà marche!

On nous donne l’impression qu’en France, il est surprenant de rencontrer de parfaits inconnus capables de nous émouvoir, dotés d’un talent travaillé ou naturel, des gens comme tout le monde avec leur souci, avec ou sans travail, de bon père de famille ou de maman attentionnée. Une question se pose: Les Français sont-ils devenus si individualistes qu’il faille désormais passer par le petit écran pour voir ce que notre voisin est capable de faire?

Une émission comme celle-ci tombe à pic alors que la crise n’est pas terminée. l’appât du gain n’est pas une utopie. Il est bien réel. 100000 euros au finaliste et c’est un casting de plusieurs milliers de candidats. Des bons et des très, très mauvais! Toute honte bue, certains n’hésitent pas à se ridiculiser et là, en ce cas, c’est grotesque! Malheureusement la télévision n’en est plus à une dérive près.

Il y a toujours la possibilité de zapper pour celui ou celle qui ne supporte pas ces émissions dites -grand public- mais il y a aussi celle de prendre un peu de recul en la regardant et celle de poser des questions au-delà de l’écran. A chacun sa façon de voir, à chacun sa façon de vivre.

 

 

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