Plainte pour mise en danger…

30 oct
2009

Photo 20 minutes

ce qui peut sembler paradoxal à la première lecture lorsque l’on sait que les personnes « mises en danger » sont des militaires volontairement engagés dans des conflits qui se déroulent sur des théatres opérationnels extérieurs.

Et pourtant, l’idée n’est pas si saugrenue que cela. C’est le seul moyen qu’ont aujourd’hui les parents des soldats tués l’an dernier en Afghanistan pour avoir accès au dossier. Encore  faut-il dire de suite qu’ils n’auront jamais accès à tous les éléments. le confidentiel-défense s’appliquant à toutes les opérations militaires. Il est peut-être utile de préciser également qu’il faudra trouver un tribunal qui jugera recevable cette plainte.

Les familles ont le droit de savoir ce qui s’est réellement passé là-bas, l’année dernière.

Les familles, espérons-le, trouveront les réponses aux questions qu’elles posent depuis la perte de leur enfant, époux ou frère.

Cependant, il suffit de ne citer qu’un exemple pour comprendre  que l’Armée est toujours cette grande muette dont on ne sait en réalité que peu de choses si ce n’est ce que les autorités veulent bien nous en dévoiler.

Remontons simplement à l’après attentat du Drakkar. Le 23 octobre 1983, durant la guerre du Liban, un camion piégé réussit à forcer les chicanes censées protéger les forces volontaires françaises qui se sont installées dans un immeuble du quartier de Ramlet El Baïda. Cet attentat suicide coutera la vie à plusieurs soldats français du 1er RCP (régiment chasseurs parachutistes). Parmi les réponses à cet attentat, la France enverra le long des côtes libanaises, l’un de ses fleurons maritimes. A son bord, des appelés du contingent! les familles qui se sont inquiétées à juste raison de la présence d’appelés sur un terrain en guerre s’étaient  entendu répondre par le Ministre d’alors, que les appelés se trouvaient sur un bâteau de la Marine nationale donc de ce fait sur le Territoire français. une sorte de fin de non-recevoir en quelque sorte. C’était il y a déjà 26 ans. Un quart de siècle!

Cet exemple n’est pas le fruit du hasard. Il démontre que les conflits « terroristes » ne datent plus d’hier et que visiblement rien n’a changé. Alors!

Et il démontre également qu’en matière militaire, les terroristes sont aujourd’hui, même en infériorité numérique, plus à même de tuer que les forces conventionnelles.

Les années ont passé et les chefs militaires ne sont plus les mêmes. Il y a trop aujourd’hui parmi les galonnés-barettes voire étoiles de « têtes pensantes » qui au fil du temps ont certes accumulé une certaine expérience mais qui malheureusement ont obtenu leurs galons non pas au feu mais sur les bancs de classe. Tout du moins au début de leur carrière. Par la suite, les meilleurs d’entre eux font l’Ecole de Guerre ce qui leur permettra de monter en grade. La technologie de pointe qui fait la fierté de l’Armée dite moderne montre de plus en plus ses limites. Face à elle, ceux qui combattent pour une idéologie « religieuse ou non » sont restés de simples fantassins, des hommes de terrain aguerris au fil des ans. Et ce terrain, ils le connaissent jusqu’au bout des ongles puisqu’ils y sont nés et qu’ils y vivent. Nos soldats vivent des conditions autrement plus agréables au quotidien sur un sol en paix depuis des décennies. Ce ne sont pas les stages effectués en condition fictive qui leur feront toucher du doigt la réalité du terrain sur lequel ils sont envoyés. Même les américains que l’on dit tout puissants en matière militaire paye un tribut auquel ils ne s’attendaient pas.

Les moyens mis à disposition de nos soldats sont loin de ceux auxquels on peut légitimement penser. Et c’est souvent, trop souvent, par excès de confiance que l’on perd des hommes. La guerre, celle qui n’a rien à voir avec la télé, n’accepte aucune habitude, aucune routine.

Suite à ce dépôt de plainte, l’état-major de la Défense s’étonne et se déclare surpris. L’état-major n’avait pas prévu cette plainte! Comme le commandement en Afghanistan n’avait pas prévu une telle violence dans les attaques contre les soldats de la coalition. Or prévoir fait partie intégrante du Commandement! parce que tout va bien durant un moment, il est devenu trop facile de penser que le calme, même s’il n’est que relatif, sera durable. les moyens sont alors réduits et les économies faites. Parce que la guerre a un coût.

Même s’il est juste de considérer que le soldat qui s’engage connaît les risques inhérents à son métier, on ne peut plus aujourd’hui se contenter de regarder, tranquillement assis, au chaud, chez soi. Si cette plainte aboutit, elle devra servir à d’autres soldats qui demain partiront. Parce que la lutte contre le Terrorisme est loin d’être terminée. Et ne plus oublier que cette lutte ne s’improvise pas.

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